Des icebergs, il n'en manque pas. L'iceberg financier qui commence avec lIndonésie, continue abec le Japon et la Chine, la Russie, et qui se prolongera avec l'Europe si l'euro devenu un refuge monte très au(delà de sa valeur. Et nous fonçons droit dessus, à pleine vitesse : il n'est pas possible d'avoir durablement une croissance des cours de Bourse triple des taux d'intérêt, des marchés follement surévalués, créateurs de richesse fictives et injustifiées, pour des détenteurs de titres, fonds de pensions ou épargnants convaincus d'avoir le temps de rendre réelles leur fortune virtuelles avant que les cours ne s'effondrent, sûrs de pouvoir, eux, quitter le bateau avant l'inévitable naufrage.
L'iceberg nucléaire, avec la prolifération qu'annonce le sang-froid avec lequel l'Inde et le Pakistan ont négligé les menaces de sanctions américaines. Et le caractère dérisoire de celles-ci. Comment interdire maintenant à qui que ce soit d'en faire autant quand on a démontré qu'on ne peut être fort qu'avec les faibles ? D'ici vingt ans, plus de trente pays auront l'arme nucléaire ou suivront leur décision de l'acquérir. Cela, chacun des responsables le sait mais refuse de le reconnaître pour ne pas admettre sont impuissance.
L'iceberg écologique, avec l'échec de toutes les tentatives de réduire ou même de stabiliser la production mondiale de carbone et l'augmentation de la température de l'atmosphère qui en résulte. Et avec la présence monstrueuse de dizaines de centrales en Russie et en Europe de l'Est, dont pas un expert sérieux ne doute que, dans moins de dix ans, elles provoqueront un acxcident d'une importance planétaire.
L'iceberg social, avec la certitude, si on ne change pas de route, d'avoir dans cinquante ans plus de trois milliards d'hommes et de femmes sans réels moyens de survivre, cloîtrés dans les soutes du monde. [...]
Jacques Attali, Le Monde
"Le Titanic, Le Mondial et nous"
(3juillet 1998)

